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Les agneaux du Seigneur

Intrigue : Gachimat est un village de carte postale où chacun se connaît, s'épie, s'aime ou se jalouse. Ce qui se passe ailleurs concerne à peine les habitants. Qu'auraient-ils à redouter des tumultes d'Alger? Le retour d'un de ses enfants, fanatisé, va bouleverser la vie du village. On bascule dans le crime collectif et des jeunes gens quelconques deviennent de féroces tueurs. Désormais "le printemps n'émerveillera ni les bêtes ni les hommes. Les coquelicots évoqueront des boursouflures écorchées. L'aile gauche du cimetière atteindra bientôt les murailles d'en face. Tous les jours, un convoi ira confier son cher disparu à une terre devenue charnier."
Avec les Agneaux du Seigneur, le lecteur vit pour ainsi dire de l'intérieur l'horreur du drame algérien.

Extrait : "Le soleil maintenant se retranche derrière la montagne. Quelques mèches sanguinolantes tentent vainement de s'agripper aux nuages. Elles s'effilochent et s'éteignent dans l'obscurité naissante. Au bas de la colline, le village s'apprête à se terrer. Dans les ruelles tortueuses, les bruits se sont atténués. Seule une bande de galopins continue d'écumer les recoins, aussi ardente qu'un essaim de frelons" Premières lignes.

Critique : "Les Agneaux du Seigneur" est un livre d'une implacable rigueur. Le récit d'un engrenage qui n'a besoin que d'une seule pulsion pour se mettre en mouvement. Une fois lancée, la mécanique fonctionne seule, indifférente à toutes les tentatives pour la stopper. Celui qui en devient rouage n'aura plus jamais la moindre liberté. S'il tente de fuir, il sera écrasé. Et, à terme, ni les victimes ni les bourreaux ne savent plus pourquoi on tue, on pille, on viole. Impulsée par des apprentis sorciers, la machine est devenue folle. Impossible de l'arrêter. La force de l'auteur, qui, pour des raisons évidentes de sécurité, se cache derrière le pseudonyme féminin de Yasmina Khadra, est de conserver tout au long du récit un double regard de sociologue et d'écrivain ... Un livre écrit dans une langue française à la fois épurée - pas de lyrisme ni de fioritures - et pourtant étrangement poétique. Michèle Gazier Télérama le 23 septembre 1998

Commentaires de l'auteur : « Si dans ma trilogie policière (Ed. Baleine 1997-1998) j'ai essayé d'apporter un minimum d'éclairage sur la face cachée de la crise de mon pays, à savoir le degré d'implication de la mafia politico-financière dans ce drame, je me suis appliquée dans "Les agneaux du Seigneur", à expliquer comment un village oublié - et par conséquent voué à toutes sortes d'influences, notamment en ces temps de graves mutations - s'est transformé en enfer. Je tiens à signaler au lecteur que la trame de mon roman s'inspire de la réalité quotidienne qui prévaut chez nous. Je n'ai pas quitté mon pays depuis plus de dix ans, pas même pour un court voyage. J'ai ainsi consacré entièrement mon temps à l'étude du phénomène intégriste, de ses premiers balbutiements à ses effroyables cris de haine qui, aujourd'hui encore, retentissent encore dans les nuits de nos contrées pour couvrir les hurlements des femmes et des enfants que l'on massacre avec une rare bestialité. J'ai été témoin d'un grand nombre d'horreurs. J'ai écrit les grandes lignes de mon livre sur les lieux mêmes du crime. J'y suis encore, debout dans notre tragédie comme un phare dans les ténèbres, essayant de projeter une lumière intermittente sur les flots de sang et de larmes qui irriguent notre bonne vieille terre de Numidie. Aussi, les rumeurs, qui circulent à propos de mon identité, ne doivent, en aucun cas, occulter ma crédibilité." Yasmina Khadra
le 6 novembre 1998 France Inter Dédicace de l'auteur.

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